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Agriculture numérique : la protection des données en question

Articule paru dans https://www.techniques-ingenieur.fr/ le 25/08/2020 par Matthieu COMBE.


L’agriculture numérique divise. Les partisans mettent en avant la simplification du travail d’agriculteur et les aides apportées par le numérique sur l’exploitation. Les détracteurs dénoncent la mainmise des grands groupes sur les données agricoles. Analyse.


Les Amis de la Terre ont publié en mai dernier le rapport « Agriculture et numérique : vers une fuite en avant ». Selon l’ONG, l’agriculture numérique est un pansement qui détourne l’attention des causes profondes de la crise agricole actuelle. Elle entraîne l’essor du big data dans l’agriculture et détournerait des innovations liées à l’agroécologie. L’association rappelle que les plates-formes de données sont en général détenues et contrôlées par de grands groupes agrochimiques, des gouvernements ou les GAFAM.


Des données sensibles à protéger


« Ces plateformes pourraient servir à promouvoir des semences et des intrants de synthèse (pesticides, engrais) vendus par leurs propriétaires ou leurs partenaires », craignent les Amis de la Terre. « Il y a un assurément un sujet sur les données avec les grands groupes et les GAFAM, reconnaît Karine Cailleaux-Breton, directrice des opérations de la start-up Ekylibre qui propose un logiciel de gestion complète de l’exploitation. Dans le secteur de l’agriculture, le sujet n’est pas récent et d’autant plus primordial. »

En parallèle, « une telle mise en commun à grande échelle des données pose le problème de la cybersécurité », alertent les Amis de la Terre. Les systèmes agricoles et les opérations automatisées sur la base d’algorithmes deviennent en effet vulnérables aux piratages, aux cyberattaques ou aux pannes d’électricité. Cela confère « une toute nouvelle dimension à la sécurité alimentaire », alerte l’association.


Tout est une question de traitement des données


La grande question est celle du traitement et de la propriété des données. Selon son équipement, un agriculteur peut créer plus d’une centaine de données par heure sur son exploitation. Et plus il dispose d’outils numériques, plus le poids de la data sera important. « Pour ce qui est sécurisation et propriété de la donnée, le souci est que l’agriculteur est grand créateur de données, détaille Karine Cailleaux-Breton. Le paradoxe qu’il faut éviter est qu’il ait à payer pour créer de la donnée qui par la suite est potentiellement réutilisée. Une donnée seule n’a que peu, voire pas de valeur. En revanche, lorsqu’elle est confrontée, cumulée ou comparée, cette valeur ajoutée va alors pouvoir être revendue à l’agriculteur qui finalement paiera deux fois quelque chose que lui-même crée ». Les services de big data privent souvent les agriculteurs de leurs droits de propriété sur les données agrégées. Les bénéfices reviennent ainsi aux entreprises qui traitent ces données.

Pour sécuriser les données des exploitations agricoles dans les contrats, la FNSEA et les Jeunes agriculteurs ont lancé la charte Data-agri. Le cabinet d’avocat Grall&Associés joue le rôle de tiers de confiance qui audite des entreprises et des startups volontaires. Il appose un label, valable deux ans, lorsqu’il peut assurer que la donnée est propriété de l’agriculteur et non pas de l’entreprise, qu’elle est sécurisée, anonymisée en cas de réutilisation, et que s’il y a réutilisation, elle se fait avec autorisation écrite de l’agriculteur. Mais ces bonnes pratiques restent une goutte d’eau. Seulement six entreprises sont labellisées : Ekylibre, MyEasyFarm, Le Cube, Gari, Quanturi et Companion. Ces plates-formes et applications génèrent des données sensibles liées à la performance économique des exploitations.


Les petits agriculteurs privés de numérique ?


Le numérique n’est pas réservé aux seules exploitations de plusieurs hectares. « Les capteurs, logiciels et services web restent largement accessibles au plus grand nombre avec des solutions offrant des capteurs pour quelques centaines d’euros et un abonnement mensuel d’une dizaine d’euros, partage Karine Cailleaux-Breton. Une exploitation en maraîchage de 2 hectares n’a pas forcément besoin d’un capteur ultra-connecté, mais les logiciels de gestion sont aussi bien adaptés aux petites exploitations qu’aux grands céréaliers ». En ce qui concerne les grandes innovations robotiques, les petits agriculteurs pourront faire de l’achat groupé, comme cela se fait de façon historique dans le secteur.



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